PACING

Stratégie de course ultratrail : allure, nutrition et matériel section par section

Allure, nutrition et matériel section par section : la méthode complète pour finir ton prochain ultra, avec un plan personnalisé en 7 minutes.

RP
RacePlan team
ÉQUIPE COACHING · RACEPLAN
·15 min de lecture

Tu as enchaîné les sorties longues, les blocs de dénivelé, les nuits courtes. L'entraînement est là. Et pourtant, chaque année, des coureurs très bien préparés abandonnent à mi-parcours. Pas parce qu'ils manquaient de jambes. Parce qu'ils n'avaient pas de stratégie.

La différence entre finir et poser son dossard sur un ravito, c'est rarement l'entraînement. C'est ce qui se passe dans ta tête et dans ton assiette les 6, 20 ou 30 premières heures de course. Trois piliers décident de tout : l'allure, la nutrition, le matériel. Voilà comment les maîtriser, section par section.


01 — Pourquoi la stratégie fait la différence en ultratrail

L'erreur classique : partir trop vite sur les 20 premiers km

Le départ d'un ultra, c'est une machine à mentir. L'adrénaline est là, les jambes sont fraîches, le peloton t'emporte. Tu avales les premiers kilomètres 15 à 20 % plus vite que ton allure cible. Ça semble gérable. Ça ne l'est pas.

En physiologie de l'effort, on appelle ça la dette d'énergie: tu puises dans tes réserves de glycogène à un rythme que ton corps ne peut pas compenser par l'oxydation des graisses. Résultat : tu arrives à mi-course avec un déficit énergétique que tu ne rattraperas jamais. Sur un effort de 20 à 30 heures, une erreur de pacing sur les 2 premières heures peut te coûter 3 à 5 heures sur la fin — ou un abandon.

Sur l'UTMB 2024, 36 % des partants n'ont pas vu l'arrivée. En 2025, le taux d'abandon s'établissait encore à 33,3 %(829 abandons sur 2 492 partants). Les pics d'abandons se concentrent systématiquement dans la deuxième moitié de course — là où la dette contractée au départ se rembourse avec intérêts.

Ce que les données de finishers UTMB/CCC montrent sur le pacing

Les analyses de pacing sur les grandes ultras sont sans appel : les finishers qui terminent le mieux sont ceux qui pratiquent le negative split ou, au minimum, un even split— c'est-à-dire une allure stable ou légèrement plus rapide en seconde moitié de course.

À l'inverse, le positive split(départ rapide, ralentissement progressif) est la signature des abandons et des fins de course catastrophiques. Une étude sur plusieurs éditions de l'UTMB montre que le coefficient de variation de l'allure est corrélé positivement au temps final : plus ton allure varie, plus ton temps est élevé. Sur la CCC 2024 (101 km, 6 050 m D+, 1 636 finishers), la vitesse médiane des finishers était de 4,57 km/h — soit environ 13 min/km. Les coureurs qui ont maintenu une allure régulière autour de cette médiane ont systématiquement mieux terminé que ceux qui ont démarré à 5,5 km/h pour finir à 3,5 km/h.

La leçon est simple : commence plus lentement que tu ne le penses nécessaire.

02 — Allure par section : la base d'une stratégie ultratrail solide

Découper le parcours en sections (pas en km)

Oublie les splits au kilomètre. En ultratrail, le kilomètre ne veut rien dire : 1 km à plat n'a rien à voir avec 1 km à 20 % de pente avec 800 m de dénivelé dans les jambes.

La bonne unité de découpage, c'est la section entre deux points clés: ravitaillement, col, base de vie, point de contrôle. Chaque section a son profil, sa durée estimée, ses contraintes spécifiques. C'est sur cette base que tu construis ton plan de course.

Pour chaque section, tu définis :

  • Un temps de passage cible (pas une allure en min/km)
  • Une stratégie d'effort (montée en marche rapide, descente relâchée, plat couru)
  • Un plan de ravitaillement adapté à la durée de la section

Adapter son allure au dénivelé, pas à la distance

Le concept clé ici, c'est l'allure équivalente : maintenir un effort perçu constant, quelle que soit la pente. En pratique, ça veut dire marcher les montées raides (au-delà de 15-20 % de pente) même si tu pourrais les courir, et courir les descentes et les plats à une allure modérée.

Ton indicateur de référence n'est pas la vitesse en km/h, c'est la fréquence cardiaque ou le ressenti d'effort (échelle de Borg). Sur un ultra de 20 à 30 heures, tu dois rester en zone 2-3 (60-75 % de ta FC max) sur 90 % du parcours. Chaque incursion en zone 4-5 se paie cash, avec intérêts.

Exemple concret : stratégie d'allure sur la CCC (101 km, 6 050 m D+)

La CCC se découpe naturellement en 8 sections entre les points de contrôle. Voici une stratégie d'allure pour un objectif de 20 heures (temps médian des finishers réguliers).

COURMAYEUR → CHAMPEX-LAC · ~47 KM
SectionDistanceProfilAllure cibleTemps estimé
Courmayeur → Bertone~5 kmMontée raideMarche rapide, 25-30 min/km~2h00 départ
Bertone → Arnouvaz~15 kmBalcon roulantMixte couru/marche, 12-14 min/km~3h30
Arnouvaz → La Fouly~17 kmDescente + relanceDescente économique, 10-12 min/km~5h30
La Fouly → Champex-Lac~10 kmMontée finaleMarche contrôlée, 18-20 min/km~7h30
CHAMPEX-LAC → CHAMONIX · ~54 KM
SectionDistanceProfilAllure cibleTemps estimé
Champex → Trient~15 kmVallonnéMixte, 13-15 min/km~10h00
Trient → Vallorcine~12 kmBloc physiqueEffort soutenu, 14-16 min/km~12h30
Vallorcine → La Flégère~10 kmMontée exigeanteMarche bâtons, 20-22 min/km~15h00
La Flégère → Chamonix~17 kmDescente finaleAccélérer si jambes OK, 10-12 min/km~17h30-18h00

La règle d'or sur la CCC : ne jamais courir une montée que tu pourrais marcher. La section Courmayeur-Bertone détruit les coureurs qui partent trop vite. Garde tes quadriceps pour les descentes après Champex.


03 — Nutrition trail : ravitailler au gramme, pas au feeling

Les besoins caloriques par heure selon l'intensité

En ultratrail, ton corps brûle entre 600 et 900 kcal/heureselon l'intensité et ton gabarit. Mais ton système digestif, lui, ne peut absorber qu'une fraction de ça pendant l'effort. La règle de base :

  • 60 g de glucides par heure : plage de base pour la majorité des coureurs
  • Jusqu'à 90 g/h : possible chez les athlètes entraînés avec une bonne tolérance digestive, sur des efforts très longs
  • 250 à 350 kcal/heure : ordre de grandeur calorique réaliste à viser

Ces chiffres ne sont pas des suggestions. En dessous de 40 g/h sur un effort de plus de 6 heures, tu t'exposes à une hypoglycémie fonctionnelle — le fameux "mur" — qui peut survenir dès le km 60 sur une CCC ou le km 80 sur une TDS.

La règle des deux sources de glucides(glucose + fructose) est aussi importante : en combinant les deux, tu peux absorber jusqu'à 90 g/h au lieu de 60 g/h avec une seule source. Concrètement : gels à base de maltodextrine + boisson isotonique avec fructose, ou barres mixtes.

Stratégie ravitaillement aux bases de vie

La gestion solide/liquide dépend directement du temps de course restant :

  • Premières 6 heures : digestion encore efficace → solide possible (barres, sandwichs, fruits)
  • 6 à 15 heures : transition → privilégier semi-liquide (purées, soupes, gels)
  • Au-delà de 15 heures : digestion ralentie → liquide et semi-liquide quasi exclusivement

Aux bases de vie, anticipe les creux digestifs : ils surviennent souvent 30 à 45 minutes après un ravitaillement trop copieux. La règle : mange peu et souvent plutôt que beaucoup et rarement. 5 minutes à un ravito pour avaler 300 kcal vaut mieux que 15 minutes pour en avaler 800 que tu vas régurgiter au prochain col.

Exemple : plan nutrition sur la TDS (149 km, ~9 200 m D+)

La TDS, c'est une course de 20 à 30 heures pour la majorité des finishers. Prenons une base de 25 heures pour le calcul :

BESOINS NUTRITION · TDS 25H
PosteCalculTotal
Besoins glucidiques25 h × 70 g/h1 750 g
Équivalent calorique25 h × 300 kcal/h7 500 kcal
RépartitionGels / boissons vs solide60 % / 40 %

Adaptation météo

  • Chaleur (>25°C): +500 ml/h d'hydratation, réduire les apports solides, augmenter les électrolytes (sodium 500-700 mg/h)
  • Froid (<5°C en altitude): +50 kcal/h de lipides (fruits secs, chocolat), maintenir l'hydratation même sans sensation de soif

Les ravitaillements principaux de la TDS (Bourg-Saint-Maurice, Beaufort, Les Contamines) sont tes points de recalibrage nutritionnel. Prépare une liste précise de ce que tu vas consommer à chacun — pas de décision à improviser quand tu es à 18 heures de course.


04 — Matériel trail : adapter son équipement à la météo et au profil

Le matériel obligatoire vs. le matériel stratégique

Le matériel obligatoire UTMB Mont-Blanc est un minimum vital : veste imperméable, deux lampes (dont une avec faisceau rouge), couverture de survie (min. 1,40 × 2 m), gobelet personnel (min. 15 cl), réserve d'eau. Ce n'est pas négociable, et des contrôles ont lieu tout au long du parcours.

Mais au-delà du minimum réglementaire, chaque gramme dans ton sac a un coût. La règle empirique en ultratrail : chaque kilo inutile représente environ 2 minutes perdues par 100 km. Sur l'UTMB (174 km), un kilo superflu = ~3,5 minutes de pénalité. Sur 5 kilos inutiles, tu perds près de 18 minutes — sans compter la fatigue musculaire supplémentaire sur les descentes.

La question n'est pas "est-ce que j'en aurai besoin ?" mais " est-ce que le risque de ne pas l'avoir justifie le poids ?". Pour chaque item au-delà du matériel obligatoire, applique ce filtre.

Checklist stratégique (au-delà de l'obligatoire)

  • Bâtons: indispensables sur CCC/TDS/UTMB si tu sais les utiliser. Inutiles si tu ne t'en es jamais servi à l'entraînement.
  • Chaussures de rechange: pertinent sur TDS (149 km, 2 nuits) si tu as des antécédents d'ampoules
  • Couche intermédiaire: selon météo J-1, pas météo "standard"
  • Café / stimulants : à planifier dans le sac, pas à improviser aux ravitos

Adapter son layering selon la météo prévue

La météo en montagne change en 2 heures. Ce qui compte, c'est la météo J-1 à 18h, pas la météo "typique d'août". Sur le massif du Mont-Blanc, les températures peuvent osciller de +30°C en vallée à -10°C ressenti au-dessus de 2 000 m dans la même journée.

Principe du layering en 3 couches :

  1. Base : maillot technique respirant (toujours)
  2. Milieu : softshell léger ou gilet (à activer dès 15°C en altitude)
  3. Extérieur : veste imperméable obligatoire (à sortir avant la pluie, pas pendant)

Les pages matériel officielles des courses UTMB précisent les kits "canicule" et "mauvais temps" activés selon les conditions. Consulte-les systématiquement J-2 avant ta course.


05 — Mental et gestion des crises en ultra

Découper la course en objectifs intermédiaires

Ne pense jamais à l'arrivée. Pense au prochain ravito.

C'est la technique des boîtes: tu segmentes mentalement ta course en compartiments étanches. Chaque boîte a un objectif unique et atteignable — atteindre Champex, passer le col de la Seigne, arriver à Beaufort. Une fois la boîte fermée, tu passes à la suivante. Tu ne rouvres jamais les boîtes précédentes (pas de "j'aurais dû aller plus vite à Courmayeur") et tu n'anticipes pas les boîtes futures (pas de "il me reste encore 80 km").

Cette technique réduit la charge cognitive et évite la spirale négative qui précède la plupart des abandons. En pratique :

  • Écris tes sections sur un petit carton dans ta poche
  • À chaque ravito, coche la section terminée
  • Fixe-toi un micro-objectif pour la section suivante (ex : "je cours tous les plats jusqu'à Trient")

Reconnaître et gérer un mur ou une crise de sommeil

Les crises de sommeil surviennent typiquement après 20 heures d'effort continu, souvent entre 3h et 6h du matin. Les signes : hallucinations légères, perte de coordination, incapacité à maintenir une ligne droite. Ce n'est pas une faiblesse — c'est de la physiologie.

La réponse efficace :

  • Micro-sieste de 10 à 20 minutes dans un abri ou un ravito : plus efficace que de continuer à marcher comme un zombie
  • Caféine (200 mg = 2 expressos ou 1 gel caféiné) : efficace si utilisée ponctuellement, pas en continu depuis le départ
  • Alimentation : souvent, une crise de sommeil masque une hypoglycémie. Mange avant de dormir.
Si tu penses à abandonner, mange quelque chose d'abord. Dans 80 % des cas, l'envie d'abandonner disparaît 20 minutes après avoir mangé et bu. L'abandon est une décision définitive — la crise, elle, est temporaire.
À retenir

06 — Ton plan de course personnalisé en 7 minutes →

Tout ce qu'on vient de voir — allure par section, nutrition au gramme, matériel selon la météo — c'est ce que RacePlan calcule pour toi en 7 minutes, depuis tes données Strava.

Pas de tableur à remplir. Pas de formules à appliquer. Tu connectes Strava, tu choisis ta course, RacePlan analyse ton profil de coureur (allure, dénivelé, historique) et génère un plan complet et personnalisé : temps de passage section par section, plan nutritionnel horaire, checklist matériel adaptée à la météo prévue.

5 COURSES UTMB MONT-BLANC DISPONIBLES
CourseDistanceDénivelé +Plan
CCC101 km6 050 mplan de course CCC →
TDS149 km9 200 mplan de course TDS →
UTMB174 km10 000 mplan de course UTMB →
OCC55 km3 500 mplan de course OCC →
MCC40 km2 300 mplan de course MCC →

Tu t'es entraîné pendant des mois. Prends 7 minutes pour ne pas gâcher ça.


FAQ

Quelle est la meilleure stratégie d'allure pour un ultratrail ?

La meilleure stratégie d'allure en ultratrail est le negative split ou l'even split: partir légèrement en dessous de ton allure cible sur les 20 premiers kilomètres, maintenir un effort constant (FC zone 2-3) sur la majeure partie du parcours, et accélérer seulement si tu as encore des réserves dans le dernier quart de course. Découpe ton parcours en sections entre ravitos, pas en kilomètres réguliers, et pilote ton effort au dénivelé plutôt qu'à la vitesse.

Combien de calories faut-il consommer par heure en ultra trail ?

Vise 60 à 90 g de glucides par heure, soit environ 250 à 350 kcal/h. La plage basse (60 g/h) convient à la majorité des coureurs ; la plage haute (90 g/h) est accessible aux athlètes entraînés avec une bonne tolérance digestive, à condition de combiner deux sources de glucides (glucose + fructose). En dessous de 40 g/h sur un effort de plus de 6 heures, le risque d'hypoglycémie fonctionnelle devient élevé.

Comment gérer un passage à vide en course ?

Commence par manger et boire avant de prendre toute décision. La majorité des passages à vide sont d'origine nutritionnelle ou liés à la déshydratation. Si le creux persiste après 20 minutes et un apport de 60 à 80 g de glucides, réduis ton allure et passe en marche rapide. Si c'est une crise de sommeil (après 20 heures d'effort), une micro-sieste de 10 à 20 minutes est plus efficace que de continuer à avancer à vitesse réduite.

Faut-il marcher en montée sur un ultratrail ?

Oui, systématiquement au-delà de 15-20 % de pente, et souvent dès 10 % sur les sections tardives de course. La marche rapide en montée est plus économique que la course pour la grande majorité des coureurs en ultratrail : elle préserve le glycogène musculaire, réduit la fréquence cardiaque et protège les quadriceps pour les descentes. Les meilleurs finishers de l'UTMB et de la CCC marchent les montées raides — même en tête de course.

Comment adapter sa stratégie selon la météo le jour de la course ?

Consulte la météo J-1 à 18h(pas la météo "standard" de la saison) et ajuste trois paramètres : ton layering (sortir la veste imperméable avant la pluie, pas pendant), ton hydratation (+500 ml/h en cas de chaleur >25°C, maintien de l'hydratation même sans soif en cas de froid) et tes apports caloriques (+50 kcal/h de lipides par temps froid pour compenser la thermorégulation). Vérifie aussi si l'organisation a activé un kit "canicule" ou "mauvais temps" sur ta course — le matériel obligatoire peut changer J-1.


Sources utiles